Long métrage documentaire

Comprendre ce qui vous écrase est en quelque sorte le dominer. Germaine Tillion


Mortel silence Vaine espérance
(titre provisoire)

Film en préparation dans le cadre du projet consacré à Germaine Tillion et au camp de Ravensbrück
Pour soutenir ce projet, vous pouvez participer à la souscription

Réalisation : Frédéric Vidal
Production : Aime le mot dit

Film documentaire autour de la création à Marseille en février 2011
de l’opérette de Germaine Tillion « Le Verfügbar aux Enfers »

En octobre 1944, déportée depuis un an au camp de femmes de Ravensbrück, Germaine Tillion, cachée dans une caisse dans l’entrepôt de vêtements, entreprend l’écriture d’une « opérette-revue », Le Verfügbar aux Enfers. Cette œuvre de résistance, écrite par une déportée pour des déportées, est conçue comme un miroir grossissant et grotesque tendu à un public à la fois sujet, acteur et spectateur.

Soixante-six ans plus tard, entre octobre 2010 et mars 2011, neuf comédiennes sous la direction de Danielle Stéfan, metteuse en scène, tentent de s’approprier cette oeuvre afin de réussir le pari de la présenter à un public qui n’est pas celui pour lequel elle a été écrite.

À travers un travail théâtral, Danielle Stéfan convie les comédiennes à une réunion de femmes qui traversent ensemble une expérience atypique jusqu’aux représentations. En explorant des pistes multiples – travail corporel, chant, improvisations, prises de paroles, contributions personnelles, lecture de témoignages – les comédiennes participent à un chantier en construction qui dépasse le cadre d’un travail théâtral. En s’investissant dans une singulière expérience de pensée et de création, en s’immergeant dans une œuvre qui est une affirmation de la vie dans l’antre même de sa négation, elles nous transmettent aujourd’hui la dignité de ces femmes plongées dans un enfer quotidien.

La réalisation du film fait partie intégrante de ce laboratoire. Il s’agit d’accompagner les comédiennes au cœur des répétitions, de rendre compte de l’évolution du travail scénique et de mettre en valeur un processus de création spécifique à ce travail.

Cette approche est enrichie par le parcours personnel d’anciennes résistantes déportées au camp de Ravensbrück. Leurs témoignages s’inscrivent dans un dialogue avec le texte de Germaine Tillion et le travail des comédiennes et de la metteuse en scène.

Par cette mise en perspective du travail scénique et des prises de paroles mettant en évidence les actes de résistance, de survie et de solidarité des Françaises à l’intérieur du camp de Ravensbrück, le film s’interroge sur la nécessité de porter ce texte à la scène aujourd’hui. Et ainsi témoigne de l’humanité que dégage cette expérience de vie collective, en confrontation permanente avec « l’enfer », le lieu où l’être humain a perdu toute dimension humaine.

Souvenirs-planlarge


Le schwung pour dire la résistance et la déportation…

Ça commence comme une gifle, passe par un toboggan et s’arrête saisi en l’air. C’est le schwung caché en nous qui serpente, glisse et se redresse. Un schwung en danse désigne un élan à partir d’une détente dans une direction précise et qui s’achève en suspension…

Goûter l’ivresse du schwung c’est faire l’expérience charnelle d’une liberté venue de la pesanteur, de l’acceptation de la chute comme condition première du rebond, de la légèreté…

Neuf comédiennes se sont emparées du schwung pour dire à la fois l’enfer vécu au camp de Ravensbrück et la dignité des françaises déportées. Au-delà du travail corporel, le schwung habite l’ensemble du spectacle.

On le retrouve dans les textes et les chants qui composent l’opérette de Germaine Tillion. Le texte met constamment à distance l’univers concentrationnaire par l’emploi de l’auto-dérision, de l’ironie, de l’impertinence, du rire et du chant qui deviennent des armes contre l’humiliation, la déshumanisation et l’extermination. La parodie et l’humour associés à la dureté des textes évoquent à la fois une sensation de légèreté et de lourdeur, un poids qui dans le schwung est nécessaire au rebondissement. Les personnages, les situations, les mots, les notes chutent pour resurgir ailleurs, pour recréer du sens ! Car le schwung est par excellence l’expérience de la vitalité d’un élan qui n’ignore rien de la chute : humain, si humain…

C’est cette humanité que l’on retrouve dans les parcours de vies des résistantes déportées au camp de Ravensbrück. Des vies marquées à jamais par l’expérience concentrationnaire, qui a modifié la trajectoire des survivantes, mais ne les a pas empêchées de rebondir sans jamais perdre le sens du combat, sans jamais perdre leur dignité, sans jamais perdre l’espoir de construire une société plus humaniste et plus respectueuse des droits humains.

Résistance, arrestation, déportation, humiliation, extermination, chambre à gaz, survie, solidarité, dignité, humanité, autant de mots qui résonnent avec le schwung et qui apportent un sens nouveau aux mots poids, impulsion, chute, rebond, envol, suspension. Autant d’éléments qui permettent d’accompagner en images un processus de création en mouvement et de faire résonner les paroles des comédiennes, de la chorégraphe et de la metteuse en scène avec celles des anciennes déportées. Autant d’éléments qui permettent de s’emparer du schwung comme intention cinématographique.

Danse macabre-planlarge



< Retour page principale

Publicités